
Chers Wriggles.
J’ai bien reçu votre proposition de rédiger un petit texte de présentation élogieux sur la jaquette de votre DVD, au cas où vous trouveriez un abru...pardon, un philantrope éclairé, pour l’éditer. Malheureusement, je suis dans l’obligation de la décliner. Je ne vous cacherai pas que le mode de rémunération dont elle était assortie, à savoir l’envoi d’un pyjama rouge usagé, dédicacé par tous les membres du groupe (en partenariat avec l’IGN ?) et, je suppose, jamais nettoyé, m’a paru un brin contestable. Je serais également tenté d’ajouter que, eu égard à la carrière qui est aujourd’hui la mienne, je suis désormais tenu de n’accorder mon parrainage qu’à des artistes ou des groupes de grande envergure et bénéficiant d’un important bassin de clientèle (genre les Rolling stones ou I Muvrini). Mais la première raison de mon refus est la suivante : Je trouve que ces dernières années, notamment depuis votre nomination aux Victoires de la musique en 2006, vous avez pris un drôle de genre. J’ai la nette impression que vous êtes devenus de droite. Si, si. Votre engagement derrière Nicolas Sarkozy est perceptible dès 2005, avec un troisième album studio au titre dénué de toute ambiguité quant à vos sympathies : « Moi d’abord ! ». Cet engagement pour le moins déplacé, pour ne pas dire douteux, va déboucher sur la scission du groupe l’année suivante, Tonio et Franck décidant de rallier la candidature de François Bayrou, et vous trois, d’anticiper sur ce qui va devenir un des principaux mots d’ordre de la campagne de votre nouveau maître à penser, en appliquant le programme suivant : Gagner plus en étant moins. De fait, si vous continuez de vous produire sur scène en pyjamas rouges, ces derniers sont désormais griffés « Prada » ou « Dior ». Fumiers ! Alors bien sûr, certains vont me dire : « Oui mais les Wriggles, qui sont autant comédiens que musiciens, ont un genre varié (et inclassable) qui se situe entre le théâtre, la chanson et l’humour, et nous régalent de leurs polyphonies punks, raps acoustiques, rock alternatif, contes pour enfants et ballades amoureuses, appuyés par des musique entraînantes et des textes drôles, critiques, caustiques, comiques, acerbes, burlesques ou poétiques ! » (dixit votre site web !...Ca va les gars ?...Vos élastiques de bas de pyjamas sont pas trop détendus ?). Je leur répondrai que ce n’est pas faux. Je dirais même plus que ces diables rouges sont des as du contre-pied qui rend moins con...Ils méconnaissent la redondance et le pathos, ces deux maladies infantiles de la Variété, et sont capables de faire d’une apparente potacherie une vraie chanson de combat, ou, au détour d’un sketch narquois à souhait, de vous titiller les lacrymales avec une ballade en solo tellement émouvante à la première écoute qu’en général, à la deuxième, on réalise que le texte est truffé d’horreurs !...Bref, chers Wriggles, vous êtes incontestablement des kadors dans votre partie (sans mérite excessif, d’ailleurs, vu que vous êtes les seuls) ; vous êtes les « number one », les « commodore », les « boss » dans votre bizenesse. Disons le tout net : Vous faites le job. Il n’est donc pas surprenant que vous soyez devenus Sarkozistes. A titre personnel, je le déplore et vous invite à vous reprendre.
PS : Sérieusement, cette fois ; on me dit que vous envisageriez, au terme de votre tournée, de mettre les Wriggles en stand-by pendant un an ou deux afin de donner libre court à vos « projets personnels » respectifs. Connards.


